L’épreuve d’Économie, sociologie et histoire du monde contemporain (ESH) du concours Ecricome 2026 s’est déroulée le mercredi 15 avril 2026 de 8h à 12h. Dissertation classique de 4 heures avec deux sujets au choix : cette année encore, le jury a proposé un sujet très théorique centré sur la croissance et un sujet d’histoire longue sur les stratégies de développement.
Les sujets d’ESH Ecricome 2026
Voici les deux sujets officiels tombés à l’épreuve d’ESH Ecricome 2026 :
- Sujet 1 : « Innovation et croissance (depuis le 19e siècle) » ;
- Sujet 2 : « L’expérience historique nous a-t-elle appris ce qu’était une bonne stratégie de développement ? ».
Sujet 1 : Innovation et croissance (depuis le 19e siècle)
Un sujet de cœur de programme, très attendu, qui invitait à interroger le lien entre innovation et croissance sur temps long. Le candidat pouvait mobiliser Schumpeter et la destruction créatrice, les travaux de Solow sur le résidu et le progrès technique, la croissance endogène (Romer, Lucas, Aghion, Howitt), les grappes d’innovations de Kondratiev et les révolutions industrielles successives, le paradoxe de Solow et la question du ralentissement de la productivité depuis les années 1970, le rôle de l’IA générative et des GPT (General Purpose Technologies) dans la séquence actuelle. Les bornes « depuis le 19e siècle » imposaient d’articuler les trois révolutions industrielles et d’éviter le piège de l’hypercentrage sur la période récente.
Sujet 2 : L’expérience historique nous a-t-elle appris ce qu’était une bonne stratégie de développement ?
Un sujet plus discriminant, qui demandait de confronter les grandes stratégies de développement éprouvées au 20e et au 21e siècle : industrialisation par substitution aux importations en Amérique latine, modèles d’exportation est-asiatiques, consensus de Washington et plans d’ajustement structurel, stratégies de rattrapage chinoise, indienne, des tigres asiatiques, différenciation entre pays rentiers et pays industrialisants. Le sujet invitait aussi à mobiliser les théoriciens du développement (Rostow, Gerschenkron, Lewis, Nurkse, Prebisch, Amin, Sen) et à prendre parti sur la possibilité même d’une « recette » universelle, en intégrant les critiques contemporaines du développement durable et la remise en cause du PIB comme indicateur unique.
Idées et références à mobiliser
Plutôt qu’un plan tout ficelé, voici un balayage des idées, auteurs et faits à convoquer pour chacun des deux sujets. Libre à chaque candidat d’en faire une matière de dissertation selon sa propre architecture et sa problématique.
Idées et références à mobiliser pour le sujet 1 : Innovation et croissance (depuis le 19e siècle)
Le cœur théorique du sujet repose sur Schumpeter : la destruction créatrice (Capitalisme, socialisme et démocratie, 1942) et les cinq formes d’innovation identifiées dès 1911 (produit, procédé, débouché, organisation, sources d’approvisionnement) sont incontournables. Sur temps long, les travaux de Kondratiev, Mensch et Freeman sur les grappes d’innovations et les cycles longs d’environ cinquante ans permettent de scander l’histoire économique depuis la machine à vapeur jusqu’aux technologies de l’information. Solow (1957) apporte la contribution quantitative déterminante avec le « résidu » qui expliquerait près de 80 % de la croissance américaine entre 1909 et 1949.
Le basculement théorique des années 1980-1990 mérite d’être travaillé : Romer (1986), Lucas (1988), Aghion et Howitt (1992) internalisent l’innovation dans les modèles de croissance endogène, en faisant le produit des investissements en R&D, en capital humain et des choix institutionnels. Le rôle de l’État dans l’orientation de l’innovation offre une matière empirique riche : DARPA, Bell Labs, Airbus, crédit d’impôt recherche, politiques de cluster (Silicon Valley, Zhongguancun), sans oublier la tradition du développementalisme décrite par Mariana Mazzucato dans The Entrepreneurial State. Acemoglu et Robinson (Why Nations Fail) et Mokyr (A Culture of Growth) fournissent un cadre institutionnel et culturel de long terme.
Le versant critique du sujet appelle à mobiliser le paradoxe de Solow (1987), repris et amplifié par Robert Gordon (The Rise and Fall of American Growth, 2016), qui estime que ni internet ni l’IA n’égaleront l’impact de l’électricité ou du moteur à combustion. La notion de General Purpose Technology et la courbe en J de la productivité éclairent le décalage entre arrivée d’une innovation radicale et gains de productivité mesurables. Sur le volet écologique, Philippe Aghion et Jean Pisani-Ferry plaident pour une innovation orientée vers le décarboné, tandis que Serge Latouche, Tim Jackson (Prosperity Without Growth) ou Giorgos Kallis remettent en cause l’équation même croissance / bien-être. Piketty apporte l’angle des inégalités induites par l’innovation.
Les faits à mobiliser couvrent la première révolution industrielle britannique, la deuxième révolution industrielle américano-allemande, les Trente Glorieuses fordistes, la révolution informatique à partir des années 1970, la diffusion d’internet et, plus récemment, l’IA générative. La donnée la plus parlante reste que les dépenses mondiales en R&D ont atteint 2,5 trillions de dollars en 2023 selon l’OCDE, alors que la productivité du travail ralentit depuis plus de vingt ans dans la plupart des pays industrialisés.
Idées et références à mobiliser pour le sujet 2 : L’expérience historique nous a-t-elle appris ce qu’était une bonne stratégie de développement ?
Le cadrage théorique passe par les grands doctrinaires du développement. Rostow (Les étapes de la croissance économique, 1960) incarne la thèse universaliste avec ses cinq étapes et le seuil d’investissement à 10 % du PIB pour amorcer le décollage. Gerschenkron (1962) introduit au contraire l’idée que les retardataires empruntent des trajectoires spécifiques, avec un rôle central de l’État et des banques. Arthur Lewis théorise le dualisme des économies en développement, Ragnar Nurkse la formation du capital, Raúl Prebisch et Samir Amin construisent la critique centre-périphérie et la dépendance. Amartya Sen renverse la perspective en redéfinissant le développement comme élargissement des capabilités (Development as Freedom, 1999), ce qui inspirera l’IDH lancé par le PNUD en 1990.
Les expériences historiques permettent d’illustrer la diversité des recettes. Le consensus de Washington formulé par Williamson en 1989 (stabilisation, libéralisation, privatisation) et les plans d’ajustement structurel du FMI imposés à l’Amérique latine et à l’Afrique subsaharienne dans les années 1980-1990 offrent le contre-exemple le plus documenté, avec la décennie perdue latino-américaine, la désindustrialisation africaine et les thérapies de choc post-1991 en Russie. À l’opposé, le modèle est-asiatique (Corée, Taïwan, Singapour, plus tard la Chine post-1978) repose sur un État développeur, des chaebols ou des ZES, une protection conditionnelle et une ouverture commerciale progressive. Ha-Joon Chang (Kicking Away the Ladder, 2002) dénonce l’hypocrisie des pays développés qui prônent le libre-échange après avoir eux-mêmes protégé leur industrie. Dani Rodrik (Industrial Policy for the Twenty-First Century) défend une politique industrielle adaptative, illustrée par le bond tertiaire indien sans passage par une industrie lourde de masse.
Le renouvellement contemporain du questionnement doit être exploité. La remise en cause du PIB comme indicateur unique (Stiglitz-Sen-Fitoussi, 2009), les 17 objectifs de développement durable adoptés par l’ONU en 2015, les théories de la décroissance et du post-développement (Latouche, Escobar) déplacent la définition même de la « bonne » stratégie. À l’inverse, les travaux récents sur l’Éthiopie ou le Rwanda montrent qu’un État développeur reste possible au 21e siècle, sous contrainte climatique. Joseph Stiglitz, dans ses critiques du FMI, rappelle que l’échec de nombreux programmes tient à leur conception technocratique déconnectée des contextes locaux.
Les faits marquants à convoquer incluent le rattrapage japonais puis coréen, l’émergence brésilienne et mexicaine avortée des années 1990, le succès vietnamien depuis le Đổi Mới de 1986, le basculement indien post-1991, la trajectoire chinoise en deux temps (Deng Xiaoping puis ère Xi Jinping), la spécialisation rentière du Golfe et son pari actuel de diversification (Vision 2030 saoudienne, Qatar National Vision). En chiffres, la Corée du Sud franchit en 2024 le seuil des 35 000 dollars de PIB par habitant, soit plus de cinquante fois le niveau de 1960, tandis que l’Argentine voit son revenu par tête reculer en termes réels depuis 2011 : deux trajectoires opposées qui résument à elles seules la richesse du questionnement.
Date, durée et format de l’épreuve d’ESH Ecricome 2026
L’épreuve d’ESH Ecricome 2026 s’est tenue le mercredi 15 avril 2026, de 8h à 12h, sur une durée de 4 heures. Elle s’adresse aux candidats de la voie ECG ayant choisi ESH en matière d’économie approfondie, en alternative au programme HGGMC.
Une dissertation, deux sujets au choix
Comme chaque année, le candidat doit traiter une dissertation parmi deux sujets au choix. Les sujets sont volontairement transversaux et croisent souvent plusieurs dimensions : économique, sociologique, historique, parfois politique. Le jury insiste sur la nécessité de traiter toutes les dimensions du sujet sans en oublier une seule.
Rappel des sujets d’ESH Ecricome 2025
Pour situer les sujets 2026 dans la continuité des années précédentes :
- Sujet 1 : « Le pouvoir d’achat, instrument ou objectif ? »
- Sujet 2 : « Quelles sont les limites de la responsabilité des entreprises ? »
Conseils du jury Ecricome pour réussir l’épreuve d’ESH
Les rapports de jury Ecricome insistent année après année sur les mêmes attendus. Voici les points clés à garder en tête jusqu’au jour J.
Définir précisément les termes du sujet dès l’introduction
Le titre du sujet contient des termes et des concepts qui doivent être définis aussi précisément que possible dès l’introduction, qui doit s’ouvrir sur une accroche stimulante. La problématisation découle directement de cette analyse des termes : la clarifier, c’est déjà répondre à la moitié du sujet. Sur le sujet 1 par exemple, définir l’innovation au sens de Schumpeter (produits, procédés, débouchés, organisation, sources d’approvisionnement) était indispensable.
Mobiliser une vraie culture historique, pas seulement 1929 et 2008
Le jury relève régulièrement que l’analyse historique est trop souvent absente des copies : les grandes crises sont au mieux citées mais jamais analysées, et les candidats se limitent presque toujours aux crises de 1929 et de 2007-2008. Élargissez votre palette : Trente Glorieuses, chocs pétroliers, crise asiatique de 1997, crise des dettes souveraines, périodes de désinflation. Sur le sujet 2, l’analyse diachronique des stratégies latino-américaines et est-asiatiques était centrale.
Construire une argumentation, pas un catalogue de références
Le jury attend une argumentation construite et un choix de faits historiques pertinents théoriquement et factuellement, pas un catalogue de références ou une accumulation de citations. Chaque exemple doit être contextualisé, mis en perspective et utilisé pour servir une démonstration.
Traiter toutes les dimensions du sujet
Les sujets ESH Ecricome sont réputés très transversaux. Le jury recommande de passer 45 minutes à 1 heure au brouillon avant de se lancer dans la rédaction, pour s’assurer qu’aucun pan complet du sujet n’est oublié. C’est sur la couverture complète du champ que se joue la différence entre une copie moyenne et une excellente copie.
Soigner la conclusion autant que l’introduction
La conclusion doit recevoir la même attention que l’introduction. C’est le moment de rappeler les points clés, de montrer au correcteur que le sujet proposé invite à la réflexion, et d’ouvrir intelligemment vers une perspective plus large, sans tomber dans la formule plaquée.
Soigner l’écriture, l’orthographe et la présentation
Cela peut sembler trivial mais cela revient dans tous les rapports : le candidat doit absolument soigner son écriture et éviter les fautes d’orthographe, de grammaire et de style. Une copie illisible ou truffée de fautes pénalise même quand le fond est solide.
Préparer la suite du concours
Retrouvez l’ensemble du programme, le calendrier détaillé et tous les autres sujets 2026 sur notre dossier dédié Concours Ecricome 2026, et préparez sereinement chacune des épreuves restantes.





