L’épreuve de LV1 espagnol du concours Ecricome 2026 s’est déroulée le mercredi 15 avril 2026, de 14h00 à 17h00, pour une durée de trois heures. Elle s’adresse aux candidats des voies ECG et ECT et comporte trois sous-épreuves : une version, un thème et un essai au choix entre deux sujets proposés. Les sujets 2026 portent sur une chronique satirique d’Alfonso J. Ussía sur les adverbes militants dans le débat espagnol (version, ABC), un extrait de Chagrin d’un chant inachevé de François-Henri Désérable sur La Boca à Buenos Aires (thème), et deux questions d’actualité pour l’essai : la corruption politique en Espagne et l’élitisme culturel.
LV1 espagnol Ecricome 2026 : présentation générale de l’épreuve
Le sujet de LV1 espagnol Ecricome 2026 s’inscrit dans la continuité des sessions récentes : l’épreuve combine deux traductions, qui pèsent désormais pour 50 % de la note finale, et un essai pour l’autre moitié. La version est un texte de presse d’environ 200 mots, le thème un extrait littéraire français d’une longueur comparable, et l’essai demande une rédaction de 250 à 350 mots clairement décomptés. La partie 3 est au choix du candidat, qui doit impérativement cocher la case indiquant le sujet retenu.
Cette session propose des supports ancrés à la fois dans l’actualité de la presse espagnole et dans la littérature francophone contemporaine, avec une version issue d’ABC d’octobre 2025 et un thème tiré du dernier ouvrage de François-Henri Désérable paru chez Gallimard en 2025. Les deux textes invitent à une lecture attentive avant toute tentative de traduction, conformément aux recommandations réitérées par le jury Ecricome dans son rapport 2025.
Note importante
Les éléments proposés ci-dessous sont des pistes de réflexion personnelles rédigées par la rédaction de Prépa ECG. Ils ne constituent pas un corrigé officiel et doivent être confrontés au corrigé Ecricome lorsque celui-ci sera publié sur le site du concours.
Version : « Moderadamente idiota » d’Alfonso J. Ussía (ABC, 24 octobre 2025)
Texte intégral de la version
Moderadamente idiota
En España ya nadie es algo. Todo el mundo es muy algo. El español medio, que antes presumía de sentido común, guasa y cintura, hoy necesita un adverbio para respirar. No se conforma con ser demócrata. Ahora uno es «radicalmente» demócrata o demócrata «radicalmente». No se limita a discrepar. Discrepa «profundamente». Y cuando pide perdón, lo pide «sinceramente», que es la forma más hipócrita de no pedirlo del todo. Vivimos en la era del adverbio militante. Los hay de todos los colores. Los «ultra», naturalmente, son los más sinceros. Ya ni disimulan. Van por la vida con su prefijo por bandera, como si «ultra» fuera un título nobiliario o la garantía de que quien lo dice no lo es […]
En el extremo opuesto, es decir, justo pegado, están los «moderadamente indignados», los «razonablemente patriotas» y los «ligeramente progresistas». Personas que se bañan en el agua templada de la moral para no coger un catarro ideológico. Lo curioso es que los extremos ya no se enfrentan por ideas, sino por grados de intensidad. Uno grita «extremadamente español» y el otro responde «profundamente europeo», y así van equilibrando el adverbio hasta convertir la conversación en una clase de gramática emocional, de postureo académico que señala. Los políticos, por supuesto, han hecho del adverbio su chaleco salvavidas.
Alfonso J. Ussía, ABC, 24/10/2025
Pistes de réflexion pour aborder la version
Le titre « Moderadamente idiota » appelle une restitution qui conserve l’antiphrase et le ton sarcastique caractéristique de la chronique : « Modérément idiot » constitue le rendu le plus direct, tandis que « Un idiot tout en nuances » introduirait une couleur plus littéraire. L’omission du titre, récurrente dans les copies des années précédentes, expose à une sanction que la préparation peut facilement éviter.
La phrase d’ouverture « En España ya nadie es algo. Todo el mundo es muy algo » repose sur un jeu verbal subtil autour du pronom indéfini « algo ». Une piste de traduction pourrait proposer : « En Espagne, personne n’est plus quelque chose. Tout le monde est très quelque chose. » Le parallélisme syntaxique doit être préservé, et l’adverbe « muy » conserve ici sa valeur pleine d’intensifieur dont la trivialité fait tout le sel de la charge.
Les trois substantifs de l’énumération « sentido común, guasa y cintura » méritent une vigilance particulière : « sentido común » se rend par « bon sens », « guasa » par « humour » ou « second degré » (terme argotique difficile à traduire littéralement), et « cintura » au sens figuré renvoie à la « souplesse » ou au « sens du compromis », loin de son sens anatomique. Le jury valorise la capacité à identifier le registre polysémique sans verser dans le calque.
La formule « que es la forma más hipócrita de no pedirlo del todo » repose sur la tournure négative renforcée « del todo » qu’il faut rendre par « pas du tout » ou « nullement » : « qui est la manière la plus hypocrite de ne pas le demander du tout ». Le segment « Van por la vida con su prefijo por bandera » appelle une restitution imagée : « Ils traversent la vie avec leur préfixe en bannière » préserve la métaphore politico-identitaire.
L’expression idiomatique « coger un catarro ideológico » joue sur la métaphore médicale : « attraper un rhume idéologique » conserve le ton ironique, alors qu’une équivalence plus libre comme « prendre froid idéologiquement » fonctionnerait également. La chute « han hecho del adverbio su chaleco salvavidas » mériterait une restitution métaphorique fidèle : « ont fait de l’adverbe leur gilet de sauvetage », qui préserve la dimension à la fois politique et pragmatique de la conclusion.
Thème : extrait de « Chagrin d’un chant inachevé » de François-Henri Désérable (Gallimard, 2025)
Texte intégral du thème
Balade dans La Boca
La Boca était un ancien quartier ouvrier, peuplé au début du XXe par des vagues d’émigrés pour la plupart venus de Gênes, aujourd’hui, un quartier pauvre comme il y en avait des milliers d’autres à travers l’Amérique latine, ni plus ni moins violent, ni plus ni moins dangereux, où les chances qu’il ne vous arrive rien étaient infiniment supérieures à celles qu’il vous arrive quelque chose. Il était trois heures de l’après-midi, la Bombonera n’était qu’à cinq cents mètres, que risquait-on ? Au pire, nous n’aurions qu’à courir.
À un croisement, nous ne savions pas s’il fallait prendre à droite ou continuer tout droit, en longeant l’ancienne voie de chemin de fer. Nous aurions bien demandé la direction à suivre, mais il n’y avait pas un chat dans la rue. Tout droit, trancha Quentin. Au pire, nous n’aurions qu’à faire demi-tour. […]
Il a dû surgir du coin de la rue, ou de derrière l’arbre, je n’en sais rien, toujours est-il que je n’ai pas eu le temps de me mettre à courir.
François-Henri Désérable, Chagrin d’un chant inachevé, Sur la route de Che Guevara, Éditions Gallimard, 2025, p. 14
Pistes de réflexion pour aborder le thème
Le toponyme « La Boca » doit être conservé à l’identique conformément à la note du sujet, et le nom propre « Gênes » se rend par « Génova » (majuscule obligatoire, accentuation à respecter). La mise en espagnol de cette longue phrase d’ouverture invite à soigner l’enchaînement des propositions : « La Boca era un antiguo barrio obrero, poblado a principios del siglo XX por oleadas de emigrantes en su mayoría procedentes de Génova » offre une reconstruction idiomatique. L’imparfait « era » pose le cadre descriptif, en accord avec la tonalité rétrospective du récit.
La construction comparative « ni plus ni moins violent, ni plus ni moins dangereux » se rend par « ni más ni menos violento, ni más ni menos peligroso », en conservant le parallélisme et la double négation de l’original. L’adverbe « infinitamente » traduirait « infiniment » sans perte de registre. La relative longue « où les chances qu’il ne vous arrive rien étaient infiniment supérieures à celles qu’il vous arrive quelque chose » appelle l’emploi du subjonctif après « chances que » : « donde las posibilidades de que no te ocurriera nada eran infinitamente superiores a las de que te ocurriera algo ».
L’expression « la Bombonera no estaba más que a quinientos metros » conserve le nom propre du stade de Boca Juniors, référence culturelle connue du lecteur hispanophone et qui ne se traduit pas. La formule « au pire » se rend idiomatiquement par « en el peor de los casos » plutôt que par un calque. La tournure « no habríamos tenido más que correr » restitue le conditionnel passé français avec élégance en espagnol, en respectant la concordance des temps avec « no habríamos tenido ».
L’expression « il n’y avait pas un chat dans la rue » est une locution imagée typiquement française qu’il serait maladroit de calquer littéralement. L’équivalent idiomatique espagnol serait « no había un alma en la calle » ou plus familièrement « no se veía ni un bicho viviente ». Le choix lexical témoignera de la capacité du candidat à identifier les figures idiomatiques sans verser dans la traduction mot à mot, compétence régulièrement valorisée par le jury.
L’incise « trancha Quentin » se rend par « zanjó Quentin » ou « sentenció Quentin », le premier verbe étant plus précis dans le registre littéraire. La chute « toujours est-il que je n’ai pas eu le temps de me mettre à courir » appelle la locution idiomatique « lo cierto es que » ou « el caso es que », suivie du passé composé espagnol « no he tenido tiempo » ou du prétérit « no tuve tiempo » selon la distance temporelle choisie par le candidat. La locution verbale « se mettre à courir » se rend par « echar a correr » ou « ponerse a correr », la première formule étant plus énergique.
Essais : deux sujets au choix
Le candidat traitera l’un des deux sujets suivants en 250 à 350 mots, comptés selon la modalité précisée par Ecricome (repère formé d’un double trait dans le texte après chaque tranche de 50 mots, décompte chiffré cumulatif dans la marge, total exact en fin d’exercice).
Sujet 1 : A su parecer, ¿hasta qué punto la corrupción sigue afectando la vida política en España?
Une piste de réflexion consisterait à rappeler que la corruption reste un thème central dans la vie politique espagnole depuis les années 2010 : affaire Gürtel (PP), cas ERE d’Andalousie (PSOE), affaire Pujol, affaire Bárcenas, enquête sur le mari de Begoña Gómez (épouse du président Pedro Sánchez), affaire Koldo mettant en cause plusieurs responsables socialistes en 2024-2025, démission d’Ábalos. L’analyse gagnerait à distinguer les faits avérés par la justice et la perception publique mesurée par les baromètres du CIS.
Un plan nuancé pourrait examiner, d’un côté, les marqueurs d’une corruption persistante (financement occulte des partis, connivence avec le secteur immobilier, patronage territorial dans certaines communautés autonomes, fragilité de l’indépendance du ministère public), et d’un autre côté, les mécanismes de régulation renforcés (rôle actif de la Fiscalía Anticorrupción, indépendance de certains juges, vigilance de la presse et des associations comme Transparencia Internacional). La conclusion gagnerait à prendre position avec nuance, en distinguant le diagnostic structurel et la conjoncture récente sous le gouvernement Sánchez.
Sujet 2 : Se habla mucho hoy día de las condiciones de acceso a los bienes culturales. ¿Cree usted que la cultura es elitista?
Ce sujet invite à interroger une question ancienne dans la sociologie de la culture, popularisée notamment par les travaux de Pierre Bourdieu sur La Distinction et relayée aujourd’hui dans le débat public espagnol autour de l’accès aux musées, aux théâtres et à la lecture. Une piste structurante consisterait à distinguer différents niveaux d’élitisme : économique (prix des places d’opéra au Teatro Real, abonnements muséaux), géographique (concentration des grandes institutions à Madrid et Barcelone), éducatif (capital culturel transmis par la famille), numérique (fracture d’accès aux contenus culturels en ligne).
Une contre-argumentation nuancée pourrait rappeler les efforts récents de démocratisation : gratuité des musées nationaux certains jours, programmation populaire du Museo del Prado, développement des podcasts culturels, essor du reggaeton et du flamenco urbain comme formes de culture populaire massive, accès gratuit aux plateformes publiques comme RTVE Play. La conclusion devrait défendre une position personnelle argumentée, en évitant le manichéisme qui consisterait à opposer culture savante et culture populaire, conformément aux attentes du jury Ecricome.
Conseils du jury Ecricome LVA espagnol
Les recommandations qui suivent sont extraites du rapport de jury Ecricome 2025 pour l’épreuve d’espagnol LVA (langue vivante 1). Elles offrent un cadre général toujours pertinent pour préparer la session 2026.
Présentation et lisibilité de la copie
Le jury signale une dégradation du soin apporté aux copies : calligraphie illisible, ratures incessantes, absence d’alinéas. La copie étant destinée à être lue et évaluée, elle doit être présentable d’un point de vue visuel. Une écriture claire, des marges respectées, des ratures propres et une structuration en paragraphes bien délimités sont attendus. Les accents espagnols (tilde, accent aigu diacritique, ñ) doivent être portés avec rigueur, leur omission étant systématiquement sanctionnée.
Version : pièges classiques
La maîtrise du français reste un enjeu central pour les candidats de LVA : accords sujet-verbe, accords nom-adjectif, ponctuation et orthographe sont autant sanctionnés que les erreurs de sens. Avant de traduire phrase par phrase, il est impératif de lire et de comprendre l’intégralité du texte. Les faux amis (« sensible », « largo », « constipado », « realizar », « demandar ») reviennent régulièrement dans les copies. L’omission du titre est une erreur récurrente et coûteuse. La distinction entre ser et estar, entre imparfait et passé simple, ou entre indicatif et subjonctif impose une vigilance constante.
Thème : points de vigilance
La concordance des temps espagnole est plus rigoureuse qu’en français : l’emploi du subjonctif imparfait après un verbe principal au passé n’admet aucune négligence. L’alternance entre pretérito perfecto simple et pretérito imperfecto doit refléter la distinction récit/description, et non se calquer sur les temps français. Le vouvoiement (usted + 3e personne du singulier) doit être maîtrisé. Les accents diacritiques (qué/que, cómo/como, dónde/donde, sí/si, mí/mi, tú/tu) constituent une source importante de points perdus. Les prépositions a, de, en, por, para représentent un autre piège classique que le jury signale chaque année dans son rapport.
Essai : structuration et qualité de la langue
Le fond est noté sur 8 (2 points pour la structuration, 6 pour le contenu) et la forme sur 12 (6 points pour le lexique et la richesse, 6 pour la maîtrise grammaticale). Le jury rappelle deux règles d’or : aucun paragraphe du développement ne doit être plus court que l’introduction, et la conclusion ne peut se résumer à une seule phrase. L’introduction doit montrer pourquoi la question mérite d’être posée, ce qui implique contextualisation et prise de recul. La conclusion est le point d’orgue de l’essai : elle doit apporter, avec vigueur, une réponse nette à la question, fût-elle prudente. Les essais rédigés dans un espagnol riche, dense et dépourvu de mots creux sont valorisés, a fortiori en LVA.
Comptage des mots
La norme de 300 mots (minimum 250, maximum 350) doit être respectée. Une pénalité d’un point par tranche de dix mots est appliquée en cas de non-respect. Le candidat doit signaler par un double trait dans le texte chaque tranche de 50 mots, reporter le décompte cumulatif dans la marge et indiquer le total exact à la fin.
Pour aller plus loin
Le dossier complet du concours Ecricome 2026 sur Prépa ECG couvre l’ensemble des épreuves écrites et sera enrichi au fur et à mesure de la publication des sujets et des corrigés officiels. Le corrigé officiel de l’épreuve de LV1 espagnol sera publié par Ecricome dans les semaines qui suivent le concours, et les pistes ci-dessus devront être confrontées à ce corrigé officiel pour une analyse définitive.


